Archives de janvier, 2015

Bon. Ça va sûrement être un article bordélique et mal articulé, et j’espère ne rien dire de travers. Pardon d’avance si c’est le cas et si je blesse quelqu’un sans le vouloir.

À vrai dire, je ne pensais pas que je posterai aussi tôt ici. J’ai même passé une bonne partie de la nuit à me demander si c’était bien pertinent, surtout après avoir relayé le plus d’infos possible sur mon Tumblr depuis hier après-midi, y compris le fameux « Je suis Charlie » qui, les premières émotions passées, a commencé à faire débat, pour de très bonnes (non, il ne faut pas en faire des saints) comme de très mauvaises raisons (non, ils ne l’avaient pas mérité).

Je ne suis pas vraiment Charlie. Je n’aime pas spécialement ce journal, qui se veut de gauche mais qui, dans sa volonté de satire, utilise les mêmes arguments que ceux qu’il veut ridiculiser (représenter Boutin et Barjot en « gouines », c’est basiquement taper sur les homophobes en tapant en même temps sur les homos, donc je vois pas trop la logique, par exemple). La plupart du temps, leurs dessins ne me font pas rire, et depuis plusieurs années ce journal ressemblait de plus en plus à ceux qu’ils voulaient dénoncer. Je veux croire (parce que je suis une Bisounours sous mes airs de Reine des glaces) que l’intention restait bonne, mais la forme ne me plait pas du tout.

Je ne suis pas vraiment Charlie. Je ne suis pas caricaturiste pour la presse, je n’ai jamais été menacée de mort pour mes idées, et personne, jamais, ne m’a empêchée de m’exprimer, quel que soit le sujet. Je n’ai jamais été obligée d’aller au travail avec la boule au ventre et un garde du corps. Je ne suis pas vraiment Charlie parce que je n’ai jamais eu à vivre ça, je n’ai jamais été confrontée à ce genre de violence. Je ne peux pas comprendre ce que les victimes et leurs familles ont vécu, même si je peux l’imaginer.

Mais n’empêche, je suis quand même aussi un tout petit peu Charlie. Parce que même si, fondamentalement et théoriquement, la liberté de la presse est garantie en France, ainsi que la liberté d’expression, il n’en reste pas moins que des gens ont été tués pour des putains de dessins, pour simplement avoir fait leur job. Et ça ne devrait jamais arriver nulle part, peu importe à quel point on n’est pas d’accord avec les opinions exprimées dans les dits dessins. Oui, tu vas me dire, le racisme, le sexisme et l’homophobie ne sont pas des opinions mais des délits, et je suis d’accord : j’ai envie de te répondre qu’il y a aussi des lois pour ça, et que ce serait bien qu’elles soient mises en application de temps en temps. Genre, pour commencer, quand Zemmour et ses potes promeuvent la haine de l’autre en prime-time à la télé. Je dis ça, hein…

Et personne ne devrait avoir à mourir pour ses idées. Oui, oui, y compris les connards brainwashés qui ont tiré, et à propos de qui Marine Le Pen s’est empressée de rappeler qu’elle était en faveur du rétablissement de la peine de mort, parce que, n’est-ce pas, c’était évidemment la chose la plus intelligente à dire à ce moment-là – tu le sens mon gros sarcasme ?

Le pire dans tout ça, au-delà bien entendu des morts, de la violence et de la tragédie qui nous ont tou-t-e-s laissé-e-s en deuil et sous le choc, ce sont les conséquences inévitables qui vont en découler.

Ça a déjà commencé. Alors qu’hier la classe politique dans son ensemble ou presque a fait preuve d’une certaine unité et de sobriété, dès aujourd’hui, les conséquences se font sentir. Malgré les appels à ne pas faire d’amalgame, des lieux de culte ont été attaqués, et les musulmans de France sont sommés de se désolidariser des actes perpétrés hier, voire de s’excuser pour quelque chose qu’ils n’ont pas fait. Alors que bon, personne n’a jamais demandé aux protestants de se désolidariser des actions du KKK, parce que ça tombe sous le sens, et dès qu’on nous demande à nous, Blancs, de nous excuser pour l’esclavage, on est les premiers à hurler qu’il ne faut pas nous juger sur les actions de nos ancêtres. Apparemment ça marche pas pour tout le monde, et encore moins quand tu es musulman.

Le plus triste dans tout ça c’est que les islamophobes ne comprennent pas qu’en réagissant ainsi, ils jouent le jeu des terroristes. Évidemment que les gens en France vont continuer à dessiner et faire des blagues de mauvais goût, si le but de ces attaques c’était de faire taire la presse, alors ils ont manqué leur coup, parce que les journalistes ne se tairont pas, et Charlie Hebdo n’est certainement pas mort. Mais je crois que le véritable but de ces terroristes était surtout de créer un fossé entre la communauté musulmane et le reste de la population. Après tout, ils veulent amener le Djihad partout où ils peuvent. Et pour le coup, en attaquant des musulmans qui n’ont rien à voir dans l’histoire, les islamophobes réagissent exactement comme ces extrémistes le souhaitaient. Bien joué, vraiment.

Aujourd’hui, je suis immensément triste. Depuis hier j’ai les larmes aux yeux en permanence de voir des flics partout jusque dans ma résidence, de savoir qu’à côté de chez moi on a utilisé des armes de guerre contre des crayons et des stylos, de voir une religion entière stigmatisée encore plus qu’elle ne l’était déjà. J’ai peur pour les musulmans de France, et ça va peut-être te sembler horrible dit comme ça, j’ai plus peur pour eux que pour les rédactions des autres journaux qui ont été mises sous surveillance policière.

Parce que qui va les protéger, eux ?