Et nous reparlerons du harcèlement de rue (et du sexisme ordinaire)

Publié: 19 août 2012 dans ...Quoi de neuf ?, Des fois, j'ai des opinions

(attention, post à rallonge, risque d’ennui profond et de déversement de grossièretés)

Oui, alors je sais ce que tu vas dire. Pourquoi maintenant, genre trois siècles après tout le monde ?

Je te jure, honnêtement, au début je ne voulais pas en parler ici. Parce que d’autres l’ont fait bien mieux que moi, et que j’ai déjà dit à peu près tout ce que j’avais à dire sur le sujet, que ce soit sur la toile ou IRL, et que globalement tous les gens avec qui j’en ai discuté sont d’accord avec moi.

Sauf que. Sauf que je continue à lire des commentaires hallucinants un peu partout, que je découvre sidérée que Joystick (qui n’a jamais aussi bien porté son nom, ironiquement) fait quasi l’apologie du viol dans le dernier Lara Croft, et que lorsque deux ou trois personnes osent exprimer une opinion négative à ce sujet en soulignant le sexisme dans le milieu des jeux vidéos, on se permet encore de les traiter d’hystériques mal-baisées, malgré une argumentation solide et documentée (après, on a le droit de ne pas être d’accord, mais j’ai pas l’impression qu’insulter les gens soit super productif, hein).

Sauf que lundi je reprends le boulot et qu’avec la chaleur qu’il y a en ce moment, je sais que je vais me prendre des réflexions dans la rue ou le métro parce que j’aurai eu le malheur de porter une jupe ou une robe. Là en ce moment je ne sors pas de chez moi parce que je peux me permettre de m’y balader en slop sans que personne me dise quoi que ce soit (et aussi parce que la chaleur et la SEP ne font vraiment pas bon ménage). Mais si je ne veux pas me retrouver en arrêt maladie, je ne peux pas rester en jean.

Et ça me saoule d’avance. Et ça me fait chier parce que je ne devrais même pas avoir à me poser la question de comment je vais m’habiller pour ne pas tomber malade et à la fois ne pas me faire emmerder.

Ce n’est pas de la prétention. Clairement, je ne suis pas horrible à regarder mais je suis loin d’être un prix de beauté. Et non, je ne trouve pas ça flatteur quand il m’arrive de me prendre un « eh madmoizelle, franchement t’es trop bonne ! » dans la gueule. Parce que le mec qui me sort ça, ce n’est pas moi qu’il regarde, c’est au mieux il me prend pour un vagin sur pattes, au pire il balance sa réplique à la chaîne, comme un spam (ainsi que l’a judicieusement observé l’Odieux connard). Il s’en fout que je sois moche ou pas, du moment qu’il peut me faire chier et bien me faire comprendre que parce qu’il a une paire de couilles il a le droit de le faire. Dans tous les cas, je ne vois pas comment il pourrait imaginer un seul instant que sa technique à deux balles va fonctionner.

Par ailleurs, je ne m’explique pas ce qui lui permet de valider ou pas ma tronche, mon cul ou mes fringues ; parce que personnellement, je ne vais pas lui balancer qu’il a un fessier motocultable, un jogging de pokémon sous acide ou la gueule de Ribéry après un accident de train (et avant qu’on me taxe de racisme social voire de racisme tout court, ça vaut aussi pour le costard-cravatte propre sur lui qui s’imagine que parce qu’il a la raie sur le côté, les yeux bleus et un vocabulaire plus étendu, ça va mieux marcher – guess what : pas plus, non).

Bon alors là techniquement on en vient aux contre-arguments classiques de ceux (et celles, parce que ouais malheureusement, souvent le sexisme vient aussi des meufs) qui veulent se donner bonne conscience en culpabilisant les « victimes » (je mets ce mot entre guillemets parce que je ne l’aime pas, mais je n’ai pas trouvé mieux). Florilège :

« Ouiiii, mais t’as vu comment t’es habillée, aussi ? » —> comment dire ? La première fois que j’ai subi une tentative de viol (une vraie s’entend, pas un « banal » harcèlement de rue), j’avais 17 ans, deux centimètres de cheveux sur la tête, un jean trois fois trop grand et un pull qui m’arrivait aux genoux, et je pesais 45kgs. À moins que mon agresseur n’ait eu un faible pour les petits garçons, je ne vois pas à quel moment j’aurais pu paraître provocante. Et quand bien même j’aurais porté une mini ras-la-touffe et un décolleté plongeant sur ma poitrine alors inexistante, ce n’est pas à moi de faire attention à la façon dont je m’habille. Jusqu’à preuve du contraire je ne pense pas qu’être porteur du chromosome XY atrophie le cerveau ou transforme en bête incapable de contrôler ses pulsions. Dire que les hommes ne peuvent pas supporter tant de sollicitations, c’est les insulter et les rabaisser au rang de sous-êtres. Et d’ailleurs, parlons-en, des sollicitations : les femmes seraient-elles de purs esprits ? Si c’est le cas il faut me le dire tout de suite, parce que quand je vois un joli garçon torse poil dans la rue ou dans un parc, j’apprécie ce que j’ai sous les yeux et même, indécence suprême, il m’arrive de penser que j’en ferais bien mon quatre-heures. Ça ne signifie pas pour autant que je vais aller l’informer que j’aimerais bien lui faire les fesses, là-tout-de-suite, vazy fais pas ton pédé quoi. Logique, tu vas me dire ? Apparemment, pas pour certain-e-s.

« Noooon maiiis en même temps tu cherches là, t’as vu le quartier / l’heure ? » –> oui, bien sûr, suis-je bête, c’est de ma faute, la prochaine fois j’emmènerai mon chaperon avec moi, un mec bien viril qui me protégera et montrera bien à tout le monde que je suis une chasse (voire une propriété) gardée. Ma meuf, mon chien, ma bagnole ? Pitié. D’autre part, la dernière fois que je me suis fait emmerder, je sortais du taf à 17h30, et j’étais à côté de Matignon. C’est sûr que c’est hyper dangereux, on sait jamais, je pourrais me faire agresser par un dangereux fonctionnaire. Et j’ajoute que je vis à Belleville, un quartier théoriquement plus populaire et qui laisserait à penser que ça craint un peu, et pourtant, je n’ai jamais eu de problème, même en rentrant à 4h du mat’. Dire aux femmes qu’elles ne devraient pas se balader seules à certaines heures et dans certains quartiers, ça justifie ni plus ni moins la limitation de leurs mouvements et de leur présence dans l’espace public, ça revient à les confiner chez elles, à moins qu’elles sortent sous surveillance. Sauf que les responsables de ce qui pourrait leur arriver, c’est pas elles, mais ceux qui ont envie de leur nuire. Encore une fois on culpabilise la mauvaise cible.

« Oui mais si c’était un beau jeune homme qui venait t’aborder pour te proposer de te raccompagner en lieu sûr ? Ce serait quand même mieux que s’il était moche » –> voir point précédent, j’aimerais ne pas avoir besoin de chaperon pour poser un pied dehors, merci. Et qu’il soit beau ou pas je m’en cogne, déjà parce que j’ai le boyfriend (et que, chose étonnante, j’y suis fidèle), ensuite parce que même si ça part d’une bonne intention (et là par contre laisse-moi te dire que si on vient me filer un coup de main alors que je suis en mauvaise posture, la gueule ou le sexe de la personne sera bien la dernière de mes préoccupations), ça reste une intrusion dans mon espace personnel, que je n’ai pas demandée (mais j’y reviendrai plus tard). En revanche, je trouve complètement hallucinant le manque de solidarité des gens qui sont témoins de ce genre de trucs, et qui ne bougent pas le petit doigt pour aider la pauvre fille qui se fait emmerder. Revenons à mon harceleur précédent, celui de Matignon : alors justement, il était beau, et peut-être que c’est pour ça qu’il n’a pas voulu renoncer quand je lui ai dit non (il s’imaginait peut-être me faire une faveur) ; peut-être même que c’est aussi pour ça qu’il s’est permis d’essayer de me rouler une pelle « pour me dire au revoir » (on sait jamais hein, sur un malentendu, j’avais remis mes écouteurs et replongé le nez dans mon Kindle, c’est tellement mieux de prendre les gens par surprise). Mais que la seule chose que j’aie récoltée quand je l’ai repoussé un peu violemment, ce soient des regards désaprobateurs de la part des 10 autres personnes qui attendaient le bus avec moi, j’ai un peu de mal à l’encaisser. En même temps quand un pauvre gars se fait planter dans le métro ou qu’une fille se fait violer dans une ruelle, personne ne bouge non plus, donc ça ne devrait pas trop m’étonner.

« Ooooh lalaaaaa, ça vaaaa, tu vas pas faire la gueule quand même, c’est un compliment ! » –> qu’on soit bien d’accord : me dire que je suis bonne, ce n’est pas un compliment, et je ne me sens pas mieux dans ma peau après, bien au contraire je me sens rabaissée à l’état de bout de viande dans une foire aux bestiaux. Me dire que je suis jolie, c’est déjà plus sympa mais c’est pas le lieu et je m’en fous, je suis pas là pour ça. Me dire que je suis moche, je m’en fous aussi, je vais pas développer des complexes parce qu’un débile pense que j’ai un cul de la taille du Brésil ou une tronche de cake, je me regarde dans la glace tous les jours donc je sais à peu près à quoi je ressemble. Trop aimable de m’informer de ton opinion à mon sujet, vraiment, ça te dit pas que moi aussi je décortique ton apparence et que je décrète que tu es autorisé ou non à marcher dans le même espace que moi, juste pour le lol ? Ceci mis à part, si un jour quelqu’un me sort comme je l’ai lu sur un forum « eh madmoizelle t’as l’air trop brillante, ça te dit qu’on discute de la Critique de la raison pure ? », ça aura au moins le mérite de me faire marrer.

« Mais comment tu te la pètes, genre ça t’arrive tout le temps, tu te prends pour une bonnasse ? » –> non, vraiment pas. J’ai même plutôt tendance à halluciner quand un mouflet de 16 piges vient m’aborder alors que je pourrais presque avoir l’âge d’être sa mère (preuve qu’il s’en fout de la tronche de la meuf qu’il vient faire chier vu que clairement je tiens plus d’un mix entre mon père et une nerd à lunettes que de Rhianna), mais c’est pas le propos. Encore une fois, non, ça n’arrive pas qu’aux jolies filles. Et oui, ça m’arrive, ça nous arrive à toutes régulièrement. Même une fois par mois ou une fois par an c’est déjà trop, parce que ça ne devrait jamais arriver. C’est le genre de comportement qui est puni par la loi dans le cadre du travail alors explique-moi pourquoi je devrais le tolérer partout ailleurs ?

« Ouais mais en même temps vous faites chier les filles, on peut plus vous aborder gentiment sans se faire traiter comme des merdes » –> alors là j’ai envie de dire, tu dragues où tu veux mais généralement, la rue ou le métro c’est moyen propice, quand même. Il y a des endroits pour ça, et je ne parle pas forcément de boîtes de nuit. Personellement quand on m’aborde dans la rue pour autre chose qu’un renseignement, un sondage ou une demande de dons, ça a tendance à m’agacer, tout simplement parce que dans la rue ou le métro, je me déplace d’un point A à un point B, je suis donc occupée et je ne suis pas disponible pour taper la discute. De plus gentiment ou pas, la question c’est surtout de comprendre quand y a pas moyen, et de renoncer avant de rentrer dans la catégorie du relou de base. Dans le métro j’ai mes écouteurs sur les oreilles et le nez dans un bouquin, donc j’ai pas vraiment l’impression d’adopter une attitude qui invite à la discussion, encore moins à la drague. Quand je dis que je ne suis pas intéressée, j’aimerais juste qu’on s’excuse de m’avoir dérangée et qu’on n’insiste pas. J’aimerais aussi ne pas avoir à spécifier à chaque fois que j’ai déjà quelqu’un, parce que c’est pas parce que je suis célibataire que mon cul c’est forcément open-bar. D’ailleurs j’ai quelqu’un, je le dis, et même là il y en a qui ne veulent pas comprendre. Quant à traiter les gentils dragueurs comme des merdes…je vais te dire un truc : moi je vis dans le monde des Bisounours, mon papa et ma maman m’ont bien élevée et m’ont appris la politesse. Donc je dis toujours bonjour, merci, au revoir, et avec le sourire en prime. Ça ne change rien au fait que quand je dis que je ne suis pas intéressée, il s’en trouve toujours pour me traiter de salope ou qui insistent lourdement en me faisant l’éloge de la polyandrie. Et si par hasard j’ai passé une mauvaise journée et que je fais la gueule, je me fais traiter de mal-baisée. Dans tous les cas on a toujours tort, quoi.

« Mais pourquoi tu te défends pas ? Si tu dis rien c’est qu’au fond tu veux bien » et son miroir « Mais pourquoi t’as répondu, aussi ? Faut pas t’étonner si le mec t’agresse si tu te comportes comme une hystérique » –> je disais quoi, déjà ?

Ah ouais. Toujours en tort quoi qu’on fasse…

Enfin voilà, il fallait que ça sorte, ça n’a pas grande utilité puisque tout ça a déjà été dit et redit, mais en tout cas ça m’a fait du bien de cracher un peu ma haine (à part ça le boyfriend va bien et je ne l’ai pas castré dans un accès de rage inconsidérée, je te rassure) (je ne suis pas du genre à faire payer les gentils garçons pour les conneries des autres) (je dis ça pour ceux qui s’imagineraient que je déteste les hommes et que je rêve de leur couper les couilles, on sait jamais avec ce genre de post, y en a encore pour confondre féminisme et misandrie).

Du coup je voulais te parler d’Amanda Palmer et de Florence and the Machine, bah ça attendra un autre jour.

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Humeur du jour : féministe enragée (mais je le vis bien).

État du Neurone : fondu (non mais sérieux, presque 40°C à Paris ??? clairement, je vais MOURIR).

État du Poual : celui qui pousse sur mon crâne me hurle de tout raser (mais je serai forte >_<). Celui qui pousse dans ma main est assez court pour me permettre de poster mes inepties sur mon blog, mais trop long pour que je me remette à mes nouvelles.

Coup(s) de gueule du moment : alors là, j’vois pas du tout de quoi tu parles.

Coup(s) de cœur du moment : les douches. Froides.

Lecture(s) instructive(s) (ou pas) : Pyramides, de Pratchett (valeur sûre, tout ça).

Trucs de greluche du moment : bah pas grand-chose, parce que vue la chaleur en ce moment j’arrive déjà pas à sécher, alors mon vernis, t’imagines…

Dans les z’oreilles : je suis également une gauchiste enragée (et ça aussi je le vis bien, dis-donc). Carmen Maria Vega – Qu’est-ce qu’ils sont cons.

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commentaires
  1. ChrisTais dit :

    Je travaille depuis 3 ans dans un environnement majoritairement masculin. J’ai appris avec le temps à distinguer les remarques sexistes débiles (mais la moyenne d’âge des miens dépassent les 50 ans en général) des blagues provocs justes destinées à me faire râler et à en balancer des pas mieux.

    Et bizarrement ce ne sont pas les jeunes les plus irrespectueux.

    • Myschka dit :

      Ah mais j’en doute pas. Je fais vraiment la différence entre harcèlement dans la rue et blagues foireuses (même si pour tout avouer je deviens de plus en plus chatouilleuse sur le sujet, mais bon là en l’occurrence je parle vraiment des insultes et autres « compliments » qu’on peut se prendre dans la gueule en allant chercher du pain).

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